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Un petit grand gout d'aventure

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Un petit grand gout d’aventure.


La plupart du temps James et moi partons à l’autre bout du monde pour chercher l’aventure. Quelle crâneuse en ces quelques mots d’introduction… 

Oui, pouvoir aller au Japon, aux Philippines, aux USA pour du rocher, c’est un luxe. Mais je commence, on commence à le voir aussi avec une pincée de culpabilité.  Coupables de notre chance ? Non, ca jamais, savoir qu’on a de la chance, c’est pouvoir l’apprécier doublement.

Mais coupables… de tout ce carbone que l’on brule dans les avions, à coups de 10 000 km.


Cela fait déjà un an qu’on « rembourse notre emprunte carbone » en faisant planter des arbres par Mossy Earth, une organisation que nous connaissons personnellement et qui « reforeste » au Portugal, en replantant les espèces d’origine. Un double but, fixer le carbone, et recréer les habitats naturels décimés.


C’est un effort facile, mais nous avons voulu aller plus loin, essayer d’imaginer des aventures avec le moins possible de carbone dépensé. La clef, bien sur, était dans le « slow travel », ce concept de voyage lent, en transports en commun ou transports non mécanisés, et l’intérêt, encore une fois, est double : se forcer à prendre le temps, ralentir, apprécier, regarder, respirer.


Ordesa et El ojo Critico étaient la réponse parfaite : une destination rarement évoquée, murmurée au passage à Altissimo Toulouse quand on croisait Romain Wagner le local. « Il y a des voies de trad là-bas, vous devriez jeter un œil »…

El Ojo Critico est l’une des voies les plus mystérieuses d’Ordesa, ouverte il y a 11 ans par Rikar et la fameuse, si forte Josune. Une ouverture du bas, et sans aucun spit, avec un minimum de pitons ! un nom qui sonne comme une évidence : «  Un œil critique », une question posée sur la facilite de poser des points, de sécuriser… ou le choix de la nature, de l’aventure. Jamais répétée… jusqu’au mois dernier par Unai Mendia. Chouette, un peu de magnésie dans les toiles d’araignées !


Vous voulez entendre parler de cette voie n’est-ce pas ? Une émotion en 4 mots, pour passer à la suite, vite, vite ?  Mais non, avant je dois vous raconter les 4 jours de voyage, et tant pis si j’en perds en passant. Si vous vous accrochez encore, vous êtes peut-être prêt pour le concept de Slow Travel… vous y êtes peut-être déjà !


Il nous aura fallu 4, ou 5 jours pour aller de Montpellier à Odesa. 600 km. Finalement je n’ai pas envie de compter. Le tram de Montpellier avec des vélos, le train jusqu'à Toulouse, et un petit stop chez Phil Bence (mais oui, l’organisateur de l’Explosfestival, Altissimo en est partenaire !). Phil nous proposait depuis des années  de nous introduire à la spéléo, une plongé 300m sous terre, et nous avions toujours repoussée faute de temps… Ah, ben justement, cette fois, le temps, on avait décidé de le prendre alors…


Merci Phil pour la journée ahurissante,  avec pour copains de descente rien moins que des flying frenchies ( Si vous n’avez pas vu Petit Bus Rouge, Surf the line, c’était tout à l’explofestival : des clown qui sautent en base jump depuis un surf qui vole, quelques chose d’ordinaire )


Hop dans le train, puis le Bus jusqu'à Gavarnie, en pleine grève SNCF (ça ajoute du piment et ça baptise James aux traditions françaises), un petit retard à Gavarnie pour cause d’orages, c’est l’occasion  d’aller voir une cascade de 400m, la deuxième plus haute d’Europe !

Une grosse journée de VTT, 1000m vers le haut jusqu’ à un col des Pyrénées, 1400m vers le bas, (j’en rajouterais bien sur les joies de porter son vélo quand on est trop mauvaise en descente, mais j’ai ma dignité), et nous voilà à Torla, le village près du parc naturel d’Ordesa !


Alors, comment vous raconter El Ojo Critico en quelques lignes ?

Sur le papier,  rien de bien horrible : 400, 8a max avec 5 longueurs dans le 7.  On regarde en détail le topo, sans jamais voir de petites croix… hum… une petite croix, c’est un spit… et bien la c’est simple, il n’y en a pas. Escalade en trad, relais en trad, il va falloir se lever tôt pour avaler 400 m de dur dans ce style.


5h15, alarme. 

Je ne vais pas vous raconter les mouvements longueur par longueur, simplement résumer en quelques photos et ce petit mot de James : « si on me demandait de refaire cette voie ou les iles Féroé, je ne suis pas sur de pouvoir choisir ». Par ‘les Iles feroe’, James veut parler de sa récente Aventure de 700 mètres dans du gazon vertical et de la cendre volcanique pourrie, avec des oiseaux vomisseurs en cerise sur le gâteau. Si vous avez 15 minutes, allez voir «  the land of Maybe ».


Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est ce mikado de blocs en équilibre fragile, toujours déversant. 12 heures de grimpe ou j’ai laissé James partir en premier, c’en était trop pour moi, et où chaque mouvement devait se faire sans changement brusque de poids, sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger le rocher ! Une inquiétude constante : là, si je tombe je risque de couper la corde. Là, si le bloc bascule, je risque de couper la corde. Dans un dévers pareil sans points, impossible de redescendre en cours de route en cas de problème, il faut sortir en haut.




9h 30 du soir, après nous être momentanément perdus dans l’itinéraire (comment suivre une voie tracée quand il n’y a aucune trace ? plus de magnésie, pas de spits, pas de cordelettes, juste un océan de rocher ?), nous arrivons sur le plateau. Vivants !  James a tout enchainé à vue, je l’ai suivi en second avec un stop dans le 8a, j’avais trop peur de jeter sur un autre bloc branlant…  2h30 de descente, puis, ayant raté le dernier bus , encore 1h30 de marche pour rentrer à Torla. Il est 2 heures du matin quand nous nous hissons dans le lit. Et là, pas de doute, c’était une aventure, même, une Aventure.